Addiction et liberté — regarder le même film chaque soir
Philippe Jacquet ne conteste pas le principe. Il pose une question à la place.
Les personnes en addiction sont souvent les premières à invoquer la liberté. C’est mon droit. Je ne fais de mal qu’à moi-même.
Philippe Jacquet ne conteste pas le principe. Il pose une question à la place.
Iriez-vous au cinéma regarder le même film chaque soir pendant dix ans ?
Presque tout le monde dit non. Et pourtant c’est précisément ce qu’est l’addiction. Le même film, chaque soir. Le même rituel, la même substance, la même séquence. Nuit après nuit. Année après année.
Avec une différence : chaque fois, quelque part sous la compulsion, il y a l’espoir que ce soir se terminera différemment.
Ça ne se terminera pas différemment. Le film ne change pas. C’est la nature de l’addiction — non pas un choix libre librement répété, mais une compulsion qui s’est habillée du langage de la liberté.
La différence entre liberté et compulsion
La vraie liberté inclut la liberté de s’arrêter. La personne en addiction ne peut pas faire cela — pas par la volonté seule. Le film tourne. Nommer cela clairement — sans honte, sans appeler compulsion un choix — est le premier pas vers quelque chose de réellement différent.
« Ils me parlent de liberté — leur droit de boire, leur droit de consommer. Et je dis : iriez-vous au cinéma regarder le même film chaque soir pendant dix ans ? C’est ce qu’ils font. L’addiction, c’est regarder le même film chaque soir en espérant une fin différente. La fin ne change jamais. Seule la personne peut changer — si elle le choisit. » — Philippe Jacquet
Prendre rendez-vous avec Philippe Jacquet — psychothérapeute et analyste jungien, Londres.