Réflexion
L'attachement désorganisé : ce que c'est, pourquoi il se développe, et comment la thérapie aide
Des quatre styles d’attachement décrits par la psychologie du développement (sécure, anxieux-préoccupé, évitant-détaché et désorganisé) l’attachement désorganisé est celui qui déroute le plus profondément les personnes qui en souffrent. Contrairement aux autres styles insécures, qui ont au moins une logique interne cohérente, l’attachement désorganisé implique une approche des relations proches qui semble se contredire à chaque instant : désirer désespérément la connexion tout en en étant terrifié, chercher du réconfort auprès de la source même de la peur, osciller entre rapprochement et retrait de façons qui semblent totalement hors de contrôle.
Si cela vous semble familier (si vos relations tendent à être caractérisées par une intensité suivie d’un effondrement, si vous vous retrouvez à vous accrocher aux personnes dont vous avez le plus besoin tout en les repoussant) comprendre l’attachement désorganisé pourrait être l’une des démarches les plus éclairantes que vous puissiez faire.
Les origines de l’attachement désorganisé
La théorie de l’attachement, développée par John Bowlby et approfondie par Mary Ainsworth et Mary Main, décrit comment les stratégies développées par les enfants pour rester proches de leurs soignants en période de détresse façonnent des modèles fondamentaux pour toutes les relations proches ultérieures. Pour la plupart des enfants, ces stratégies sont cohérentes : l’enfant sécure apprend que la détresse peut être apaisée par un soignant fiable ; l’enfant anxieux apprend à amplifier sa détresse pour s’assurer d’une réponse ; l’enfant évitant apprend à supprimer ses besoins d’attachement pour éviter le rejet.
L’attachement désorganisé (identifié par Main et Hesse à la fin des années 1980) émerge dans une situation fondamentalement différente et plus difficile : celle dans laquelle le soignant est simultanément la source de réconfort et la source de peur. Cela peut se produire quand un parent est effrayant, que ce soit par une maltraitance directe, ou par son propre trauma non résolu qui le fait se comporter de manière erratique, imprévisible, ou dissociative en présence de l’enfant.
L’enfant se retrouve dans ce que les chercheurs appellent une « peur sans solution ». L’impératif biologique de chercher la proximité de la figure d’attachement (ancré dans le système nerveux des mammifères) entre directement en collision avec une réponse de peur tout aussi biologique. Aucune stratégie cohérente n’est disponible. Le résultat est un comportement désorganisé et contradictoire : s’approcher puis se figer, tendre la main puis se retirer, manifester une détresse sans capacité à être apaisé.
Ce que les neurosciences révèlent
Une revue de 2023 publiée dans Neuroscience Insights (Arancibia et al.) a synthétisé des études primaires chez l’être humain sur la neurobiologie de l’attachement désorganisé. Les résultats sont frappants. Les études neurophysiologiques montrent des changements fonctionnels dans les structures sous-corticales (notamment l’hippocampe) ainsi que dans les cortex insulaire et temporal. Ce sont précisément les régions impliquées dans la régulation du stress, la consolidation de la mémoire et l’intéroception : la capacité à percevoir et interpréter les états corporels internes.
La recherche a également trouvé des altérations dans le fonctionnement du cortisol et de l’ocytocine (la principale hormone du stress et le principal neurochimique du lien social) chez les individus présentant un attachement désorganisé. Ce n’est pas simplement de la neuroscience abstraite. Cela signifie que les personnes ayant des antécédents d’attachement désorganisé peuvent avoir des réponses physiologiques mesurablement différentes au stress et à la connexion sociale par rapport à celles qui ont un attachement sécure.
L’attachement désorganisé dans les relations adultes
Chez les adultes, l’attachement désorganisé (qui recoupe parfois ce qui est décrit cliniquement comme l’attachement craintif-évitant) se manifeste par des schémas caractéristiques qui peuvent être profondément douloureux et difficiles à comprendre de l’intérieur.
L’intimité semble à la fois essentielle et insupportable. Plus une relation devient proche, plus elle semble menaçante, parce que la proximité a été historiquement associée au danger. Pourtant, la distance est également intolérable, parce que le besoin sous-jacent de connexion est profond et n’a jamais été adéquatement satisfait.
Le résultat est souvent une sorte de chaos oscillant : poursuivre intensément la connexion, puis se retirer ou provoquer la distance dès qu’elle est atteinte. Les partenaires décrivent fréquemment se sentir confus, déstabilisés, ou comme s’ils ne pouvaient rien faire de bien. La personne présentant un attachement désorganisé décrit souvent la même chose : hors de contrôle, inexplicable à elle-même, prise dans un schéma qu’elle peut observer mais ne peut pas arrêter.
La dissociation est fréquente. Sous le stress relationnel (en particulier lorsque la relation commence à sembler proche, ou lorsque des conflits surgissent) la personne peut vivre des épisodes de dépersonnalisation ou de déréalisation, un engourdissement émotionnel, ou des changements soudains et inexplicables dans son sens de soi par rapport à l’autre.
La perspective jungienne : vivre sans base sécure
Du point de vue jungien, l’attachement désorganisé peut être compris comme une perturbation profonde du processus fondamental que Jung appelait l’individuation, le développement d’un soi cohérent et différencié en relation avec les autres. Là où l’environnement relationnel précoce est simultanément source de nourriture et de menace, l’ego ne peut pas se consolider autour d’un centre stable.
L’Ombre (le dépôt des aspects inconscients et renié de l’expérience) tend à être particulièrement dense chez ceux qui ont un historique d’attachement désorganisé, précisément parce que tant d’expériences ont dû être coupées ou supprimées comme condition de survie psychologique. Le travail de la thérapie est, en partie, l’intégration progressive et prudente de ce matériel : rendre conscient ce qui était inconscient, créer un récit qui contient ce qui était précédemment trop accablant pour être tenu.
Ce que la thérapie peut offrir
La recherche sur l’attachement et la pratique clinique convergent vers une découverte centrale : l’expérience de l’attachement désorganisé peut être profondément améliorée grâce à une relation thérapeutique constamment sûre et accordée dans le temps. Cela ne concerne pas simplement la prise de conscience, comprendre intellectuellement d’où viennent les schémas. Il s’agit de vivre, souvent pour la première fois, un cadre relationnel cohérent dans lequel la détresse de la personne est accueillie sans menace ni retrait.
Les approches somatiques et corporelles sont souvent importantes aux côtés du travail verbal, puisque les effets de l’attachement désorganisé sont encodés somatiquement. L’EMDR dispose d’une base de données probantes significative pour le trauma sous-jacent qui conduit généralement à l’attachement désorganisé.
La chose la plus importante à dire est celle-ci : les personnes ayant des antécédents d’attachement désorganisé ne sont pas brisées. Elles ont développé, dans des circonstances impossibles, la réponse la plus cohérente qui était disponible pour elles. Les schémas qui causent maintenant tant de difficultés dans les relations adultes étaient autrefois adaptatifs, peut-être vitaux. La thérapie n’efface pas ces schémas par la force ; elle fournit, lentement, l’expérience relationnelle qui permet à quelque chose de plus sûr de les remplacer.
Further reading:
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- Thérapie EMDR à Londres
Le Dr Philippe Jacquet est analyste jungien et psychothérapeute intégratif avec plus de 25 ans d’expérience clinique, spécialisé dans le trauma, l’addiction et les troubles alimentaires. Il exerce à Harley Street, Londres W1.
Références
- Arancibia, M. et al. (2023). Neurobiology of Disorganized Attachment. Neuroscience Insights.
- Fuchshuber, J. & Unterrainer, H.F. (2025). Addiction, attachment, and the brain. Frontiers in Human Neuroscience.
- Farina, B. & Schimmenti, A. (2025). The Psychopathological Domains of Attachment Trauma. Frontiers in Psychiatry.
- Main, M. & Hesse, E. (1990). In Greenberg, Cichetti & Cummings (Eds.), Attachment in the Preschool Years. University of Chicago Press.
- Liotti, G. (2004). Trauma, dissociation, and disorganized attachment. Psychotherapy, 41(4), 472–486.