Réflexion
Les dangers de l'EMDR : ce que la recherche dit réellement
Si vous avez fait des recherches sur la thérapie EMDR et vous êtes retrouvé sur des pages la décrivant comme dangereuse, potentiellement nuisible, ou susceptible de provoquer de faux souvenirs et une déstabilisation psychologique, vous n’êtes pas seul. Ce type de contenu est abondant, et une partie contient des informations genuinement importantes à comprendre. Une autre partie est cependant trompeuse, reposant sur des incompréhensions du fonctionnement de l’EMDR ou confondant un traitement mal conduit avec le traitement lui-même.
Je pratique l’EMDR depuis plus de 20 ans, sur l’ensemble du spectre des présentations cliniques, du trauma adulte à incident unique jusqu’au trauma relationnel et développemental le plus complexe de l’enfance. Ce que je peux offrir ici, c’est un compte rendu honnête des risques réels, de ce que la recherche montre effectivement, et à quoi ressemble une approche responsable de l’EMDR.
Ce qu’est l’EMDR, et pourquoi il est parfois mal compris
L’EMDR (Désensibilisation et Retraitement par les Mouvements Oculaires) a été développé par Francine Shapiro à la fin des années 1980 et a depuis accumulé l’une des bases de données probantes les plus solides de tout traitement psychologique pour le PTSD. Il est recommandé par le NICE au Royaume-Uni, l’OMS au niveau mondial, et de nombreuses autorités sanitaires nationales comme traitement de première ligne.
Le traitement comprend huit phases structurées, commençant par la prise d’historique et la conceptualisation du cas, passant par la préparation, l’évaluation et le retraitement actif utilisant une stimulation bilatérale (généralement des mouvements oculaires), et se terminant par l’évaluation et la clôture.
La chose la plus importante à comprendre sur l’EMDR est que les phases de retraitement (celles qui impliquent d’aborder directement le matériel traumatique) ne représentent qu’une partie du traitement, et ne sont appropriées qu’une fois le travail de préparation accompli. Un praticien EMDR responsable ne commence pas le retraitement lors de la première séance, ni même lors de la deuxième. La phase de préparation, qui construit les ressources d’adaptation, la stabilisation et une relation thérapeutique suffisante, n’est pas optionnelle. Elle est fondamentale.
Une proportion significative des risques cliniques réels associés à l’EMDR peut être retracée à une seule source : une préparation insuffisante avant le début du retraitement.
Les risques réels : ce que la recherche montre
Un article de 2025 publié dans ScienceDirect (Current Opinion in Psychology), intitulé « Adverse effects of Eye Movement Desensitization and Reprocessing therapy: A neglected but urgent area of inquiry », représente l’un des examens les plus rigoureux récents du profil de risque de l’EMDR. Ses conclusions méritent d’être comprises attentivement.
Les auteurs ont constaté que les effets indésirables sont réels mais sous-déclarés dans la littérature de recherche. La plupart des essais cliniques sur l’EMDR mesurent l’efficacité, c’est-à-dire la réduction des symptômes du PTSD, tandis que les effets indésirables ne sont pas systématiquement surveillés ni déclarés. C’est un véritable manque méthodologique dans le domaine. Cela ne signifie pas que les effets indésirables sont fréquents ou sévères ; cela signifie que nous avons moins de données systématiques sur eux que nous devrions en avoir.
Les effets secondaires courants qui surviennent dans le cadre normal d’un traitement EMDR comprennent : fatigue émotionnelle et physique après les séances, en particulier lorsqu’un matériel significatif a été traité ; rêves vifs ou perturbants dans les jours suivant une séance ; sensibilité émotionnelle temporairement accrue ; et des maux de tête occasionnels. Ceux-ci sont généralement transitoires et se résolvent au fur et à mesure de l’avancement de la thérapie. Ce ne sont pas des signes que quelque chose a mal tourné : ce sont souvent des signes que le traitement se produit.
Les populations spécifiques à risque plus élevé
L’EMDR est contre-indiqué, ou nécessite une modification significative, pour plusieurs présentations spécifiques :
Troubles dissociatifs actifs. Pour quelqu’un qui a déjà du mal à distinguer le présent du passé, ou qui se dissocie facilement sous le stress, le retraitement EMDR sans un travail de stabilisation significatif peut aggraver la fragmentation plutôt que la résoudre.
Psychose active. Le retraitement de matériel traumatique nécessite un contact avec la réalité suffisamment stable pour distinguer un souvenir d’un événement actuel. Dans une psychose active, cette distinction est déjà compromise.
Dépendance active aux substances. Le traitement des traumatismes peut temporairement intensifier la détresse. Pour quelqu’un dont le principal mécanisme d’adaptation est la consommation de substances, cela crée un risque significatif.
Situations traumatiques en cours. L’EMDR traite des souvenirs : il n’est pas efficace, et peut être nuisible, lorsque la situation traumatique se produit encore activement.
La question des faux souvenirs
Une préoccupation qui apparaît régulièrement est de savoir si l’EMDR peut créer de faux souvenirs. L’article de 2025 dans ScienceDirect note que « les données récentes suggèrent que ces effets ne sont pas robustes ni cliniquement préoccupants », ce qui signifie que bien que la possibilité théorique existe, les preuves que l’EMDR crée systématiquement de faux souvenirs dans la pratique clinique ne sont pas solides.
La mémoire elle-même est reconstructive plutôt que simplement reproductive, chaque fois que nous nous rappelons un souvenir, nous le reconsolidons avec une certaine possibilité de changement. C’est vrai de toutes les formes de psychothérapie, et de la mémoire humaine ordinaire. Ce n’est pas un risque unique à l’EMDR.
Le débat sur le mécanisme
Un domaine de controverse séparé, souvent mal représenté, concerne la façon dont l’EMDR fonctionne, spécifiquement, quel rôle jouent les mouvements oculaires bilatéraux. Certains chercheurs soutiennent que les effets de l’EMDR peuvent être attribués aux éléments d’exposition du traitement plutôt qu’à la stimulation bilatérale spécifique.
C’est une question scientifique intéressante. Elle ne constitue cependant pas la preuve que l’EMDR est inefficace ou nuisible. Le traitement fonctionne, selon de multiples méta-analyses et une richesse d’expérience clinique.
À quoi ressemble une approche responsable
La mesure de protection la plus importante dans l’EMDR est de travailler avec un praticien correctement formé qui suit le protocole complet en huit phases et est prêt à prendre la phase de préparation aussi sérieusement qu’elle le mérite.
La préparation n’est pas une formalité. C’est là où la relation thérapeutique est établie, où les ressources d’adaptation et de stabilisation sont construites, et où le thérapeute évalue si le retraitement est sûr de commencer. Dans ma pratique, pour les clients avec des histoires traumatiques complexes, la préparation peut prendre des semaines ou des mois. Ce n’est pas un délai : c’est le travail.
Si vous envisagez l’EMDR, les questions les plus importantes à poser à tout thérapeute potentiel sont : comment déciderez-vous que je suis prêt à commencer le retraitement ? Quelle est votre approche lorsque quelque chose devient accablant pendant une séance ? Comment travaillez-vous avec la dissociation si elle survient ?
Un thérapeute qui peut répondre clairement et précisément à ces questions est un praticien avec lequel l’EMDR sera probablement conduit en toute sécurité.
Further reading:
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Le Dr Philippe Jacquet est praticien EMDR avec plus de 20 ans d’expérience clinique et analyste jungien spécialisé dans le trauma, l’addiction et les troubles alimentaires. Il exerce à Harley Street, Londres W1.
Références
- ScienceDirect / Current Opinion in Psychology (2025). Adverse effects of Eye Movement Desensitization and Reprocessing therapy: A neglected but urgent area of inquiry.
- Shapiro, F. (2014). The rôle of EMDR therapy in medicine. The Permanente Journal, 18(1), 71.
- de Jongh, A. et al. (2019). The status of EMDR therapy 30 years after its introduction. Journal of EMDR Practice and Research, 13(4), 261–269.
- Recommandations NICE pour le PTSD (en vigueur).
- OMS : lignes directrices sur la santé mentale et le PTSD (en vigueur).