Qu'est-ce que le gaslighting ? Quand la réalité est niée
Le gaslighting est une forme de manipulation psychologique par laquelle une personne en amène une autre, progressivement et dans la durée, à douter de sa propre mémoire, de sa perception et de son jugement. Le terme vient de la pièce de théâtre Gas Light (1938), dans laquelle un mari baisse en secret les lampes à gaz du foyer puis affirme à sa femme que rien n’a changé, jusqu’à ce qu’elle craigne de perdre la raison.
Comment cela fonctionne
Le gaslighting est rarement un mensonge unique et spectaculaire. Il agit par répétition et par petites touches. Des faits qui ont clairement eu lieu sont catégoriquement niés (« cela n’est jamais arrivé », « tu l’as imaginé »). Les émotions sont retournées en défauts (« tu es trop sensible », « tu exagères toujours »). La version de la réalité du manipulateur est présentée, encore et encore, comme la seule raisonnable. Au fil des mois ou des années, la personne cesse de se fier à son instinct et finit par s’en remettre à l’autre pour savoir ce qui est vrai.
Pourquoi c’est si déroutant
La plupart des blessures relationnelles laissent intact le jugement de la personne lésée : elle sait qu’on lui a fait du tort. Le gaslighting est différent, car il s’attaque précisément à la faculté qui permettrait de reconnaître ce tort. Lorsque le sens de ce qui est réel a été méthodiquement sapé, on perd le repère intérieur qui signalerait que quelque chose ne va pas. C’est pourquoi les personnes qui le subissent se sentent si souvent confuses, épuisées et incapables d’expliquer ce qui leur arrive, même à elles-mêmes.
« La cruauté du gaslighting ne tient pas seulement au fait que l’on vous mente. Elle tient à ce que l’on vous apprend à vous méfier du seul instrument dont vous auriez besoin pour savoir que l’on vous ment. »
Philippe Jacquet
En thérapie
Le travail commence par restaurer la confiance en sa propre perception. Dans une relation stable et fiable, la personne peut de nouveau éprouver la réalité : remarquer ce qu’elle a ressenti, voir que cela est pris au sérieux, et constater que son récit tient. À mesure que ce repère intérieur se reconstruit, le brouillard se dissipe. Une grande part du rétablissement ne concerne pas l’autre, mais le retour de la personne au contact de son propre savoir.
Prendre rendez-vous avec Philippe Jacquet, psychothérapeute et analyste jungien, à Londres.