Hyperphagie
Les personnes souffrant d’hyperphagie mangent en très grande quantité et de façon compulsive, sans y prêter attention et en l’absence des signaux de faim envoyés par le corps.
L’hyperphagie compulsive
L’organisme a besoin d’un certain apport en calories, ces unités d’énergie qui lui permettent de fonctionner au quotidien. Chez l’adulte, ce besoin varie selon l’âge, le sexe, le poids et le niveau d’activité physique : plus une personne est jeune et active, plus elle a besoin de calories pour maintenir son poids.
Ce dont le corps a besoin
En règle générale, les hommes ont besoin de plus de calories que les femmes, en raison d’une masse corporelle plus importante. Leur apport se situe entre 2 000 et 3 000 calories par jour environ, la limite haute concernant les personnes très actives. Chez les femmes, la moyenne se situe entre 1 600 et 2 400 calories par jour, les valeurs les plus élevées correspondant là encore aux jeunes femmes très actives.
Lorsqu’une personne consomme davantage de calories que ne le justifient son âge et son activité, elle prend du poids. En consommer moins entraîne une perte de poids progressive.
Le corps est naturellement doté d’un système hormonal et chimique d’autorégulation qui déclenche la sensation de faim, nous incite à manger, puis produit le sentiment de satiété qui nous invite à nous arrêter. Avec le temps, la suralimentation peut s’installer comme un mode de fonctionnement et dérégler ce système. Certaines affections médicales peuvent elles aussi provoquer une faim excessive et un défaut de satiété ; ces effets résultent toutefois le plus souvent d’une suralimentation prolongée et sont rarement liés à une cause précise.
Manger sans y penser
Beaucoup de personnes hyperphagiques donnent l’impression de manger en permanence, sans même y songer. Elles gardent un paquet de bonbons près de l’ordinateur, grignotent des chips devant la télévision ou s’arrêtent au fast-food chaque fois qu’elles prennent la voiture. Elles ne mangent pas parce qu’elles ont faim, mais sous l’effet d’un ou plusieurs autres facteurs.
L’hyperphagie se caractérise par un rapport compulsif à la nourriture, en dehors de tout signal de faim. Les aliments recherchés sont généralement riches en graisses, en sucres et en sels, et cette combinaison constitue une difficulté majeure.
Ces aliments ne sont pas seulement agréables au goût : ils modifient aussi la chimie du cerveau. Ils stimulent les circuits du bien-être, procurent un regain d’énergie et un apaisement, à la manière de l’alcool ou de certaines substances. Les personnes hyperphagiques peuvent se sentir mal de consommer des aliments qu’elles jugent malsains ; elles souffrent parfois de dépression, d’une faible estime de soi, d’anxiété ou de stress et, parce que cela les soulage, elles se tournent de nouveau vers la nourriture. Un cercle vicieux s’installe : le mal-être conduit à manger, encore et encore, ce qui, avec le temps, favorise la prise de poids, l’obésité et l’aggravation des risques pour la santé.
Le conseil, l’éducation et l’accompagnement nutritionnel permettent de traiter efficacement ces difficultés. La personne aborde la cause profonde de son hyperphagie, apprend à reconnaître et à gérer ses pulsions alimentaires, et construit ainsi un mode de vie plus sain.
Tout à voir avec la nourriture, et rien à voir avec la nourriture
Un trouble alimentaire est un trouble psychologique complexe centré sur la nourriture. Je le répète, parce que cela compte : un trouble psychologique complexe centré sur la nourriture. Tout à voir avec la nourriture, et rien à voir avec la nourriture. Les régimes, le poids, les calories, ce n’est que la partie émergée de l’iceberg. La véritable difficulté est dessous : une souffrance du rapport à soi, une difficulté émotionnelle, relationnelle, parfois psychiatrique. C’est cela qu’il faut traiter. Un régime, comme un médicament amaigrissant, ne travaille que sur la pointe de l’iceberg, jamais sur ce qui la soutient.
L’angoisse, et pourquoi mâcher apaise
Presque tout être humain porte une part d’angoisse, cette peur diffuse qu’un événement, quelque part dans l’avenir, va mal tourner. Or mettre un aliment dans sa bouche et le mâcher ramène brutalement au présent, et dans cet instant, on n’est plus dans l’avenir redouté : l’angoisse retombe un moment. Puis on avale, la culpabilité arrive, l’angoisse de l’avenir revient, et il faut manger de nouveau. C’est la boucle. Ce n’est pas de la gourmandise, c’est une personne qui se sert du seul ancrage au présent qu’elle a trouvé.
Ozempic et l’hyperphagie
Ces médicaments réduisent la faim, mais l’hyperphagie n’est pas une affaire de faim : on mange bien après être rassasié, pour anesthésier une émotion. Le médicament passe donc à côté du mécanisme, et l’élan ressurgit souvent ailleurs. J’en parle en détail dans Ozempic et troubles alimentaires.
L’ordre du travail : l’émotion d’abord, l’alimentation ensuite
Quand le travail émotionnel est mené jusqu’au bout, les crises cessent : la nourriture n’a plus de rôle à jouer. Il reste parfois un travail concret sur l’alimentation, car certains, après un long travail, ne se gavent plus mais restent en surpoids parce qu’ils choisissent encore, à chaque repas, le mauvais aliment. Mais on ne peut pas commencer par là : on traite d’abord la racine émotionnelle, et alors seulement le travail diététique devient possible et utile. L’émotion d’abord, l’alimentation ensuite. Voir aussi Corps numéro 2.
Sur ce que la compulsion nourrit vraiment : Manger ses émotions, la faim de l’âme.
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