L’alexithymie — du grec « sans mots pour les sentiments » — est la difficulté à identifier ce que l’on ressent, à distinguer entre les émotions et les sensations corporelles, et à mettre l’expérience émotionnelle en mots. Ce n’est pas l’absence de sentiments. C’est l’absence d’accès aux sentiments.
La rechute est un retour à l’usage d’une substance ou à un comportement addictif après une période d’abstinence. C’est l’un des événements les plus mal compris dans le rétablissement — typiquement interprété comme un échec, une faiblesse. Aucune de ces interprétations n’est exacte.
La thérapie de l’addiction ne concerne pas principalement l’arrêt. La plupart des personnes ayant une addiction sérieuse se sont arrêtées de nombreuses fois. La question n’est pas comment s’arrêter — c’est comment construire une vie dans laquelle l’addiction n’est plus nécessaire.
Le programme en douze étapes — développé par les Alcooliques Anonymes en 1935 et adapté depuis pour l’addiction aux drogues, à la nourriture, au jeu, au sexe et d’autres comportements compulsifs — est l’approche du rétablissement la plus largement utilisée dans le monde. Il a aidé des millions de personnes à obtenir et maintenir la sobriété.
L’addiction est une condition chronique caractérisée par un engagement compulsif envers une substance ou un comportement malgré des conséquences significativement nuisibles. Ce n’est pas un échec de caractère. Ce n’est pas quelque chose que la seule volonté peut résoudre.
Ce que l’addiction fait au cerveau
Les substances et comportements addictifs modifient le système de récompense du cerveau — les voies dopaminergiques qui régulent la motivation, le plaisir et l’apprentissage. Au fil du temps, le cerveau se réorganise autour de l’addiction. Ce qui avait commencé comme un choix devient une compulsion.
Les personnes en addiction sont souvent les premières à invoquer la liberté. C’est mon droit. Je ne fais de mal qu’à moi-même.
Philippe Jacquet ne conteste pas le principe. Il pose une question à la place.
Iriez-vous au cinéma regarder le même film chaque soir pendant dix ans ?
L’addiction sexuelle et l’addiction à la pornographie ne sont pas principalement liées au sexe. Elles concernent la gestion de l’anxiété et de l’intimité — sans la vulnérabilité qu’exige le vrai contact.
Le lien avec la cocaïne
Quand une personne tombe amoureuse, le cerveau libère des poussées de dopamine similaires à la cocaïne. L’addiction sexuelle et l’addiction à la cocaïne activent le même système de récompense.
La codépendance est une structure relationnelle dans laquelle une personne perd progressivement les frontières de son moi dans sa relation à l’autre — organisant son identité, ses émotions et ses choix autour des besoins, des humeurs ou des comportements de quelqu’un d’autre.
Le programme en douze étapes est un cadre de soutien par les pairs et d’amélioration personnelle qui a aidé des millions de personnes dans le monde à atteindre et maintenir leur rétablissement.
Le canot de sauvetage
Quand Philippe Jacquet travaille avec une personne ayant une addiction, sa recommandation est constante : la thérapie et le programme en douze étapes. Les deux. Ensemble. La résistance est fréquente.
La passion, dans le contexte clinique utilisé par Philippe Jacquet, fait référence à un engagement genuinement envers la vie — un sens, un but ou une vocation qui donne à la personne quelque chose vers quoi aller plutôt que simplement quelque chose dont fuir.
Un symptôme — qu’il s’agisse d’un trouble alimentaire, d’une addiction ou d’un comportement compulsif — fonctionne souvent comme un anesthésique : il réduit l’inconfort ressenti d’une situation sous-jacente. La thérapie, en retirant l’anesthésique, augmente temporairement la douleur. Ce n’est pas un échec de la thérapie. C’est ainsi que le changement devient possible.
L’addiction est un cycle compulsif d’utilisation d’une substance ou d’un comportement pour éviter la douleur ou se sentir mieux. Le jeu consiste à éviter de ressentir.
Le mythe de Sisyphe
« L’addiction ressemble un peu au mythe de Sisyphe. Sisyphe pousse le rocher au sommet de la colline, et le matin il recommence. L’addiction c’est pareil — chaque matin on pousse, on pousse, en essayant d’éviter la douleur. Le matin, on est à nouveau en bas. » — Philippe Jacquet
Le rappel euphorique est un phénomène cognitif dans lequel une personne souffrant d’addiction se souvient sélectivement des aspects agréables de la consommation de substances en minimisant ou oubliant les conséquences négatives. La mémoire n’est pas fabriquée — elle est incomplète.
Le rétablissement d’une addiction ou d’un trouble alimentaire n’est pas l’élimination du désir ou de l’attrait vers le comportement. C’est le développement de la capacité à vivre librement en présence de cet attrait.
« En général les gens qui pensent au rétablissement croient qu’un jour le comportement, l’obsession, le désir vont disparaître. Non. Le rétablissement, c’est gérer les symptômes — être capable de vivre libre de ces symptômes et d’expérimenter ses émotions. » — Philippe Jacquet
Quitter le centre de traitement n’est pas une fin. C’est le début du vrai travail. La structure disparaît. Les personnes rencontrées en cure sont dispersées. Le monde extérieur est exactement comme vous l’avez laissé, sauf que vous n’êtes plus le même.