Réflexion
La personnalité borderline : la vérité, la difficulté, et l'espoir
Il y a plus de vingt-cinq ans, quand je devenais psychothérapeute, un de mes superviseurs m’a donné ce conseil : tu devrais avoir un patient borderline dans ta pratique, pour rendre à la communauté. Mais n’en prends pas deux, car deux, c’est trop de trouble. À l’époque, on croyait que ces patients ne pouvaient pas s’améliorer. On sait aujourd’hui que c’est faux : les études au long cours montrent qu’avec une thérapie adaptée, et parfois une médication pour stabiliser l’humeur, une personne borderline peut avoir une vie pleine. Mon superviseur avait raison sur la difficulté. Il avait tort sur l’espoir.
Ce qu’est la personnalité borderline
Le trouble de la personnalité borderline, que la tradition clinique française appelle aussi l’état-limite, se reconnaît à quelques traits. Une variation extrême de l’humeur : de zéro à cent en une seconde. Une peur extrême d’être laissé seul. Des relations instables et intenses, qui alternent entre tu es parfait et je te hais. Un sentiment de soi instable : des objectifs qui changent tout le temps, une image de soi qui ne tient pas. Et l’impulsivité, qui est un trait majeur : avec les drogues, avec la nourriture, avec le sexe, la conduite dangereuse, les crises de boulimie. Ces personnes créent beaucoup de problèmes, et se retrouvent très souvent dans beaucoup de problèmes.
Il y a aussi, parfois, des comportements d’automutilation et des tentatives de suicide. Des sautes d’humeur rapides et intenses. Et un sentiment chronique de vide, que la personne tente de remplir avec de l’intensité. Si vous vous reconnaissez ici et que des pensées suicidaires vous traversent, parlez-en sans attendre à un professionnel ou à un service d’urgence : c’est précisément une souffrance qui se traite.
Vivre avec une personne borderline
Être en relation avec une personne borderline, c’est marcher sur des œufs en permanence. C’est être déconcerté par les bascules soudaines entre l’affection et la colère. C’est une expérience intense, sans pause, où l’on peut passer de l’idéalisation à la haine dans la même journée. Les proches qui viennent me voir arrivent souvent épuisés, et coupables de l’être.
D’où cela vient
Les racines sont doubles. Il y a une part génétique : un tempérament, une intensité émotionnelle élevée, qui recoupe souvent l’hypersensibilité dont j’ai parlé ailleurs. Et il y a l’environnement de l’enfance, qui joue un rôle : un environnement invalidant, fait de négligence émotionnelle, d’abus, ou d’une parentalité incohérente. L’invalidation, ce sont ces expériences répétées où l’émotion exprimée est balayée : tu es trop sensible ; tu es une mauviette, comme une fille. Un enfant à qui l’on répond cela chaque fois qu’il ressent n’apprend jamais à réguler ses émotions en bonne santé. L’enfant sensible envahi devient un hypersensible ; l’enfant sensible invalidé, abusé, peut devenir borderline.
Les thérapies qui marchent
Le traitement de la personnalité borderline passe par des thérapies qui ont fait leurs preuves : la thérapie comportementale dialectique (DBT), la thérapie basée sur la mentalisation, la thérapie des schémas, et parfois une médication pour stabiliser l’humeur. Il faut le dire honnêtement : ce sont des patients difficiles pour les thérapeutes. Ils annulent des séances. Ils créent des problèmes jusque dans le cabinet. Je me souviens d’un lieu où j’exerçais : le gestionnaire m’a dit, nous vous aimons bien, mais vos patients sont trop perturbés ; s’ils continuent, nous devrons cesser de vous louer. C’était un patient borderline.
Dans ma pratique
J’ai des patients borderline dans ma pratique. Je prévois généralement un peu plus de temps avant et après leur séance, pour que la séance ait tout l’espace qu’elle demande. Il y a beaucoup d’annulations. Il y a des textos et des appels entre les séances. Mais il faut dire aussi ce que l’on ne dit jamais : ces personnes savent rire, et elles savent être d’une grande loyauté envers les gens de leur vie. Elles ne sont pas mauvaises ; elles sont gouvernées par l’émotion. C’est un peu comme regarder un enfant en pleine crise de larmes : ce qu’il faut n’est pas un juge, mais un adulte qui reste. Une grande partie du travail, au fond, est là : rester. Le patient borderline teste, souvent sans le savoir, si vous allez l’abandonner comme les autres. La thérapie commence vraiment le jour où il constate que non.
Je reçois, en français et en anglais, à Harley Street à Londres, à Paris, et en visioconférence sécurisée. Voir aussi l’hypersensibilité, l’hyperphagie, et le travail sur le trauma. Prendre rendez-vous.
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Sur l’attachement qui sous-tend souvent ce tableau : L’attachement désorganisé.