La peur de l'abandon : d'où elle vient, ce qu'elle détruit, comment on en guérit

Réflexion

La peur de l'abandon : d'où elle vient, ce qu'elle détruit, comment on en guérit

Dr Philippe Jacquet 20 July 2026 5 min de lecture

La peur de l’abandon est la terreur persistante que les personnes que l’on aime finissent par nous quitter, même sans aucun signe réel de départ. Elle s’enracine presque toujours dans l’enfance, et presque toujours dans l’attachement. Il existe une expérience célèbre de la théorie de l’attachement, la Situation Étrange de Mary Ainsworth : la figure d’attachement quitte la pièce, puis revient, et l’on observe l’enfant. Certains enfants restent stables, émotionnellement régulés ; d’autres n’y parviennent pas. Derrière ces seconds, on trouve souvent un parent incohérent : parfois aimant, parfois indisponible. On trouve aussi les grands traumas, les pertes, la négligence, les séparations difficiles de l’enfance. Les travaux de John Bowlby et de Mary Ainsworth restent la meilleure carte de ce territoire : ce sont généralement les styles d’attachement anxieux ou craintif-évitant qui portent cette peur.

Et cette peur ne reste pas dans l’enfance. Elle est une caractéristique majeure de la personnalité borderline, des troubles anxieux, du trauma complexe et de la personnalité dépendante.

Une patiente, et une autorisation

Je me souviens d’une patiente avec qui je travaillais depuis longtemps. Quand je partais en vacances, je devais le lui annoncer un ou deux mois à l’avance, pour qu’elle puisse le digérer. Et je lui ai donné une autorisation rare : celle de m’écrire pendant ma pause, pour se rassurer que je ne disparaissais pas. En principe, chez un psychothérapeute, il n’y a pas de contact entre les séances. Dans son cas, le cadre devait d’abord prouver une chose que son enfance n’avait jamais prouvée : que quelqu’un peut s’absenter sans abandonner.

Les détails ont été modifiés pour préserver l’anonymat.

La prophétie qui s’auto-réalise

Dans la relation amoureuse, la peur de l’abandon fonctionne souvent comme une prophétie auto-réalisatrice. Vous avez si peur que l’autre vous quitte que vous commencez à contrôler. Vous vous accrochez. Vous surveillez, vous appelez, vous testez. Et ce comportement devient invivable pour l’autre, qui finit par partir. La peur a fabriqué exactement ce qu’elle redoutait. C’est l’un des mécanismes les plus douloureux que je vois dans mon cabinet : la personne ne perd pas l’amour parce qu’elle n’est pas aimable ; elle le perd parce qu’elle ne peut pas croire qu’elle l’est.

À quoi elle ressemble

Les signes sont reconnaissables : l’accrochage, le besoin constant de réassurance, la surveillance du téléphone et des réseaux, les tests que l’on fait passer à l’autre, la jalousie, la panique aux moindres séparations, la difficulté à rester seul. Et parfois l’inverse : partir le premier, avant d’être quitté. C’est aussi le terrain sur lequel prospère la dépendance affective, et celui que le pervers narcissique sait exploiter.

La blessure d’abandon

On parle souvent de blessure d’abandon, et l’expression est juste : il s’agit bien d’une blessure, pas d’un trait de caractère. Elle s’est formée là où l’attachement s’est mal construit, elle se rouvre à chaque séparation, réelle ou imaginée, et comme toute blessure, elle peut cicatriser. La cicatrisation ne consiste pas à ne plus jamais sentir la peur : elle consiste à ce que la peur cesse de commander.

Le travail : construire un attachement sécure avec soi-même

Comment aide-t-on ces personnes ? D’abord, par la conscience : identifier ses déclencheurs, apprendre à les reconnaître au moment où ils se déclenchent, et apprendre à les traverser. Ensuite, et c’est le cœur du travail : développer un attachement sécure avec soi-même. Pratiquer, constamment, l’auto-apaisement : la respiration profonde, l’ancrage, le discours intérieur bienveillant. Construire un sentiment d’identité positif. Et pratiquer l’auto-compassion, l’amour de soi.

Sur l’amour de soi, je veux dire quelque chose. Quand un thérapeute vous demande, aimez-vous vous-même ?, méfiez-vous un peu : c’est une question très rentable pour les psychothérapeutes, car personne ne sait y répondre. Qu’est-ce que cela veut dire, s’aimer soi-même ? Cela dépend du matin, cela dépend de l’humeur. La question qui m’intéresse est plus objective : ai-je fait aujourd’hui des actions aimantes envers moi-même ? Me suis-je brossé les dents ? Ai-je pris un petit-déjeuner ? Ai-je essayé de me présenter du mieux que je peux ? Ai-je mis des vêtements chauds en hiver ? Me suis-je coiffé ? Si je fais des actions aimantes envers moi-même, alors je suis en train de m’aimer, que je le sente ou non. Les actions se comptent ; le sentiment, lui, ment souvent.

Exprimer au lieu de contrôler

Le deuxième mouvement est dans la relation : améliorer la communication. Au lieu de recourir aux mécanismes de contrôle, à la surveillance, à la manipulation, exprimer : je me sens inquiet, et j’ai peur que tu m’abandonnes. Cette phrase, dite à voix haute, fait ce que dix stratégies de contrôle ne feront jamais : elle donne à l’autre la possibilité de rassurer, au lieu de l’obliger à fuir.

Les thérapies, et les extrêmes

En termes d’approches, la DBT, la thérapie des schémas, l’EMDR et les thérapies centrées sur l’attachement ont fait leurs preuves. L’entourage compte aussi : des personnes autour de soi avec qui l’on peut dire ce que l’on ressent. Et il faut être honnête : dans les cas extrêmes, c’est une thérapie de long terme, car ce qui a été construit sur des années d’incohérence se reconstruit sur des années de constance. C’est exactement ce que la relation thérapeutique offre : la première relation où l’absence ne veut plus dire l’abandon.

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Quand cette peur se joue à deux : Thérapie de couple à Paris, et à Londres.

Francophone à Londres ? Psychothérapeute français à Londres.

Quand la peur devient panique : La crise d’angoisse.


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Sur le style d’attachement le plus déroutant : L’attachement désorganisé.

Pour vous situer honnêtement : le test de dépendance affective.

Questions fréquentes

D'où vient la peur de l'abandon ?

Presque toujours de l'enfance, et presque toujours de l'attachement. La Situation Étrange de Mary Ainsworth a montré que certains enfants restent régulés quand la figure d'attachement s'absente, et d'autres non. Derrière ces derniers, on trouve souvent un parent incohérent, parfois aimant, parfois indisponible, ainsi que les traumas, les pertes et les séparations difficiles de l'enfance. Ce sont généralement les styles d'attachement anxieux ou craintif-évitant qui portent cette peur.

Quels sont les signes de la peur de l'abandon ?

L'accrochage, le besoin constant de réassurance, la surveillance du téléphone et des réseaux, les tests que l'on fait passer à l'autre, la jalousie, la panique aux moindres séparations, la difficulté à rester seul, et parfois l'inverse : partir le premier, avant d'être quitté. Elle est aussi une caractéristique majeure de la personnalité borderline, des troubles anxieux, du trauma complexe et de la personnalité dépendante.

Pourquoi la peur de l'abandon détruit-elle les relations ?

Parce qu'elle fonctionne comme une prophétie auto-réalisatrice : la peur d'être quitté pousse à contrôler, s'accrocher, surveiller et tester, et ce comportement devient invivable pour l'autre, qui finit par partir. La personne ne perd pas l'amour parce qu'elle n'est pas aimable ; elle le perd parce qu'elle ne peut pas croire qu'elle l'est.

Comment guérir de la peur de l'abandon ?

En identifiant ses déclencheurs, puis en construisant un attachement sécure avec soi-même : auto-apaisement, ancrage, discours intérieur bienveillant, et des actions aimantes envers soi-même, plus objectives que la question de l'amour de soi. En exprimant plutôt qu'en contrôlant. Les approches qui ont fait leurs preuves : DBT, thérapie des schémas, EMDR, thérapies centrées sur l'attachement ; dans les cas extrêmes, une thérapie de long terme.

Philippe Jacquet est psychotherapeute integratif, analyste jungien et specialiste des addictions en retablissement de longue date. Forme a la Hazelden Foundation, il exerce depuis plus de 25 ans a Harley Street, Londres. Il propose un traitement individuel sur mesure, une alternative a la cure résidentielle pour ceux qui ont besoin d’une profondeur clinique dans une confidentialite totale. Seances en anglais et en francais.