Réflexion
L'hypersensibilité : une force envahie, et comment l'habiter
Une femme est venue me voir et m’a dit : pendant le COVID, je me suis sentie normale. Je n’avais plus besoin de sortir de chez moi, d’être envahie par le bruit, submergée par les émotions. Cette phrase dit presque tout de l’hypersensibilité : la personne n’est pas malade, elle est envahie. Et quand le monde a baissé le volume, elle s’est enfin sentie chez elle.
Commençons par les forces
On parle presque toujours de l’hypersensibilité par ses difficultés. Je voudrais commencer par l’inverse, car c’est ce que je vois d’abord dans mon cabinet. Les personnes hypersensibles que je rencontre, celles que la psychologue américaine Elaine Aron a décrites sous le nom de highly sensitive persons, sont des esprits profonds. Elles sont très créatives, souvent douées en art. Elles ont une intuition et une empathie fortes. Elles font de bons leaders, et elles excellent dans les métiers du soin. À une condition : qu’elles parviennent à contenir leur hypersensibilité, car c’est un spectre, et tout dépend de l’endroit où l’on s’y trouve et de ce qu’on a appris à en faire.
Pourquoi elles viennent me voir
Elles viennent presque toujours pour l’une de deux raisons : elles se sentent submergées par la vie, ou elles sont en burn-out. Derrière ces deux portes, le tableau est constant. Une intensité émotionnelle forte. Une difficulté à poser des limites. Elles ressentent les autres au point d’absorber leurs états : une éponge émotionnelle, qui prend tout ce qui traverse une pièce. La critique et le rejet les frappent très fort, bien plus fort que les autres. Beaucoup se débattent avec le syndrome de l’imposteur. Elles sont perfectionnistes, et elles pensent trop.
Et il y a un moment de vie qui me les amène souvent : l’arrivée d’un enfant. Le nouveau-né est la seule chose au monde qu’on ne peut pas filtrer. Submergées, elles ne se sentent plus à la hauteur, et le syndrome de l’imposteur s’installe précisément là où elles voudraient être le meilleur d’elles-mêmes.
Un mot, et une place dans le monde
Une partie du travail est simple et profonde à la fois : il existe un mot pour ce qu’elles vivent, et il existe une place dans le monde pour les hypersensibles. Depuis le COVID, le travail hybride, deux ou trois jours à la maison, les a réellement aidées : ce sont souvent d’excellents employés à domicile, qui souffrent dans l’open space. J’ai un client qui m’a dit : au bureau, je mets mon casque à réduction de bruit, et je tiens. La lumière tamisée ou naturelle aide aussi. Ce ne sont pas des gadgets : pour quelqu’un qui est envahi très vite par son environnement, ce sont des frontières physiques, en attendant les frontières psychiques.
Le travail : réguler, poser des limites, choisir sa vie
Il n’y a jamais une seule chose qui marche pour tout le monde ; le travail consiste à trouver ce qui marche pour soi. Les pratiques d’ancrage aident : le travail du souffle, la pleine conscience, le travail somatique, qui ramènent dans le corps ce qui déborde dans la tête. Apprendre à poser des limites entre soi et les autres : c’est le très grand chantier de l’hypersensible, celui qui change tout. Et choisir un travail qui rencontre ses valeurs, plutôt que la vitesse, la superficialité et la productivité pour elles-mêmes : un hypersensible dans un environnement qui contredit ses valeurs s’épuise deux fois.
L’enfant sensible à l’intérieur
En profondeur, avec l’analyse jungienne ou les systèmes familiaux intérieurs, nous travaillons avec l’enfant sensible qui est à l’intérieur. J’invite souvent la personne à imaginer cet enfant : comment lui parlerait-elle ? Comment le calmerait-elle ? Comment créerait-elle un espace où cet enfant peut jouer ? L’art-thérapie sert aussi ce travail, car l’hypersensible est souvent doué précisément là. Ce qui a été vécu comme une faiblesse à dompter devient, quand il est accueilli, ce qu’il a toujours été : une sensibilité, c’est-à-dire un instrument.
L’hypersensibilité bien habitée n’est pas une fragilité : c’est une profondeur de réception. Le travail ne consiste pas à sentir moins, mais à être moins envahi ; pas à devenir comme les autres, mais à construire la vie où cette réception devient ce qu’elle sait être : de la pensée, de l’art, de l’intuition, du soin.
Je reçois les personnes hypersensibles, en français et en anglais, à Harley Street à Londres, à Paris, et en visioconférence sécurisée. Voir aussi le syndrome de l’imposteur, le burn-out, et, sur l’envers de cette réception, le pervers narcissique, dont la victime de prédilection est précisément l’hypersensible empathique, et, sur le versant sombre du même tempérament, la personnalité borderline. Prendre rendez-vous.
Pour vous situer : le test d’hypersensibilité en dix questions.
Quand la submersion devient panique : La crise d’angoisse, la comprendre et la calmer.
Télécharger le guide gratuit : ce texte fait partie du livre L’emprise : reconnaître le pervers narcissique, comprendre la peur de l’abandon, et en sortir, avec sept exercices d’art-thérapie. Téléchargez-le librement (PDF). Aucune inscription, aucun email : c’est un cadeau.
Quand l’empathie elle-même devient le fardeau : L’hyperempathie et la charge mentale.