Réflexion
La relation toxique : la reconnaître, comprendre pourquoi on y reste, et en sortir
Si l’on veut comprendre les relations toxiques, on peut ouvrir un manuel de psychologie. On peut aussi ouvrir la mythologie grecque, et tout y est déjà.
Zeus et Héra : le mariage toxique ultime. L’infidélité chronique, le gaslighting, les cycles de vengeance, le déséquilibre du pouvoir. Le couple reste ensemble, et la relation est émotionnellement corrosive. La version moderne existe dans tous les cabinets : le trompeur en série, la jalousie, le contrôle, la dynamique où l’on se repousse et se rattrape sans fin. Jason et Médée : la trahison, et la vengeance explosive qu’elle enfante. Narcisse et Écho : celui qui ne voit que lui-même, et celle qui n’existe qu’en répétant l’autre, la codépendance en deux personnages. Hadès et Perséphone : le rapt, le pouvoir, et leur romantisation. Ces histoires ont trois mille ans, et elles sont le plan de construction de toutes nos relations toxiques. Ce qui veut dire deux choses : vous n’avez rien inventé, et ce qui est un schéma peut être nommé, et défait.
Ce qu’est une relation toxique
Le cœur d’une relation toxique est un schéma malsain qui se répète, encore et encore : un cycle continu dans lequel les personnes sont émotionnellement blessées. On parle aussi de lien traumatique, le trauma bond : un attachement qui s’est construit autour de la douleur. Le ciment de la relation n’est plus l’amour, ni le projet, ni la tendresse : le ciment de la relation, c’est la douleur elle-même. C’est pour cela que ces relations tiennent si étrangement bien, et si mal.
Les signes
Ils sont souvent plus ordinaires qu’on ne l’imagine. L’un des partenaires qui rabaisse l’autre, ou le compare aux autres. Le message de fond : rien n’est jamais assez bien. La manipulation qui dicte, tout simplement, vos vêtements, ce que vous pouvez manger ou non. La culpabilisation. Le mécanisme de la possession : pourquoi une femme, ou un homme, ne peut pas sortir seul voir ses amis. Les montagnes russes émotionnelles : on ne sait jamais où l’on en est. Le manque de respect véritable, de confiance, de sécurité ; le manque de compassion de l’un pour l’autre.
Et il y a l’effort unilatéral, que je vois si souvent en consultation de couple : l’épouse qui fait tous les efforts, et l’homme qui n’en fait aucun, parce qu’il est banquier, parce qu’il est occupé, et qui traite sa femme comme sa secrétaire. Mais l’inverse existe aussi : la femme qui trompe son mari et trouve cela acceptable. J’ai vu les deux dans ma pratique. Et presque toujours, à un degré ou un autre, l’isolement : la relation qui vous coupe, peu à peu, du reste de votre vie.
Il faut le dire avec justesse : les relations toxiques ne sont pas toujours abusives au sens extrême du terme. Mais elles sont dommageables. Ce n’est pas ce dans quoi l’on veut être engagé pour le reste de sa vie.
L’auto-test : cinq questions
Posez-vous ces questions, honnêtement, un soir de calme.
Est-ce que je me sens mieux, ou moins bien, avec moi-même depuis que je suis dans cette relation ? Cette relation fait-elle sortir le meilleur de moi, et le meilleur de mon partenaire ? Est-ce que je me sens en sécurité pour exprimer mes émotions, mes besoins, mes désirs, mes pensées ? Et quand je le fais, suis-je entendu, ou moqué ? Et cette question, qui dit presque tout : cette relation m’énergise-t-elle, me donne-t-elle de la force, ou me draine-t-elle ?
Une relation vivante peut traverser des conflits, des crises, des hivers. Mais au total, elle donne de l’énergie. La relation toxique, elle, en prend.
Toxique, ou emprise ?
Une distinction importante, car les mots ont des conséquences. Un partenaire difficile, égoïste, blessant, vous met en colère. Une emprise vous fait douter de votre propre esprit. Si vous ne savez plus si le problème vient de vous ou de l’autre, si votre perception de la réalité elle-même est attaquée, vous n’êtes peut-être plus dans la relation toxique ordinaire : lisez Le pervers narcissique, et le livre gratuit L’Emprise, qui traite ce territoire en profondeur, avec la question de la sécurité.
Le travail : nommer, réparer, ou partir
Dans les relations toxiques, le travail se mène souvent sur deux fronts : une thérapie individuelle, pour comprendre ce que ce schéma répète de votre histoire, et très souvent une thérapie de couple. Ce qui s’y passe est plus simple et plus puissant qu’on ne l’imagine : le thérapeute met un nom sur les différentes interactions, les différents types de communication, que le couple ne peut pas voir de l’intérieur. Le schéma nommé cesse d’être le climat ; il devient un objet que l’on peut regarder à deux.
Et ensuite, deux chemins honnêtes. Parfois, quand les deux partenaires s’y engagent vraiment, le schéma se défait et la relation se répare : j’ai vu des couples sortir du cycle et se retrouver. Parfois, la compréhension mène ailleurs : à une séparation qui se fait avec moins de violence et plus de clarté, et le travail consiste alors à partir sans emporter le schéma avec soi, car un schéma non compris se réinstalle dans la relation suivante. Sur la peur qui rend le départ si difficile : La peur de l’abandon.
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Voir aussi le pervers narcissique, la peur de l’abandon, la thérapie de couple, et le livre gratuit L’Emprise. Prendre rendez-vous.
À Bruxelles également : Thérapie de couple à Bruxelles.