Troubles alimentaires

Corps numéro 2 : le corps imaginaire

Le Corps numéro 2 est un concept introduit par le Dr Philippe Jacquet dans sa recherche doctorale sur les troubles alimentaires masculins à l’université d’Essex (The Devouring Kronos, 2026). Il désigne le corps imaginaire, le plus souvent un corps de jeune dieu, musclé, très sec, sans un gramme de graisse, dans lequel un homme croit que toute sa vie sera enfin gagnée. Le Corps numéro 1 est le corps dans lequel il vit réellement. Le Corps numéro 2 est celui qui n’est jamais qu’à un régime, un programme, une transformation de distance. La poursuite ne s’achève jamais, parce que le problème n’a jamais vraiment été le corps.

Comment il rétrécit une vie

Une vie est faite pour être large : on va vers ce que l’on désire, on construit une vocation, un amour, son royaume. Dans un trouble alimentaire masculin, tout cela se contracte autour d’une seule phrase : il me suffit d’être plus sec, plus musclé. Le corps imaginaire devient le lieu où toute une vie doit se gagner, et ne le peut jamais.

La fonction : baisser le volume de la vie

Le Corps numéro 2 n’est pas seulement un fantasme ; il a une fonction, et cette fonction est la raison pour laquelle il tient si fort. La vie est bruyante. Le travail, l’amour, la famille, l’incertitude, les besoins des autres, ses propres possibilités non vécues : tout cela fait du bruit, et tout cela exige. La poursuite du corps imaginaire baisse ce volume. Quand le but principal d’une vie devient l’obtention de ce corps, par le régime, par l’entraînement, par n’importe quelle discipline insensée, tout le reste recule à l’arrière-plan. C’est presque une mission, et une mission simplifie : un seul souci, une seule mesure, une seule tâche pour aujourd’hui.

Voilà le marché secret du trouble. Il ne promet pas seulement un corps futur ; il fait taire une vie présente. Et c’est pourquoi le comportement ne peut pas simplement être retiré. Enlevez la quête sans offrir à l’homme une autre façon de supporter le volume de sa vie, et vous avez supprimé son réducteur de bruit alors que le bruit demeure. Le traitement doit respecter la fonction avant de démonter le mécanisme.

Défaire le fantasme : reprendre la charge

Un fantasme est une pensée chargée émotionnellement. C’est toute la définition, et elle contient tout le traitement. Ce qui donne au Corps numéro 2 son emprise, ce n’est pas l’idée d’un corps sec, qui est banale, mais l’émotion qui y est investie : le manque, la promesse, la mission. Le fantasme ne peut donc pas être raisonné, parce que l’argument s’adresse à la pensée et laisse la charge intacte. La seule façon de diminuer le manque est de réengager l’émotion qui se trouve dessous, de traiter le sentiment directement, et de retirer ainsi à la quête son bénéfice émotionnel. Quand le sentiment a un endroit réel où aller, le corps imaginaire perd sa raison d’exister.

Le puer aeternus et la vie provisoire

Le Corps numéro 2 maintient aussi l’homme éternellement sur le seuil : ma vie commencera vraiment quand j’aurai ce corps. C’est le territoire du puer aeternus, l’éternel adolescent de la psychologie jungienne, dont la vie est toujours sur le point de commencer. Position coûteuse : une vie traitée comme une préparation est une vie non vécue. Les années passées à se préparer pour le corps qui permettra enfin de vivre sont la vie elle-même, dépensée.

Un refuge psychique

Il existe un nom pour le lieu où cela se passe : ce que John Steiner a appelé un refuge psychique, un abri intérieur où la réalité ne peut pas entrer. L’homme qui poursuit le Corps numéro 2 vit, en définitive, dans sa tête et non dans son corps. Le corps réel, le Corps numéro 1, n’est que le chantier ; la vie se déroule dans le corps imaginé. Une part du rétablissement est le lent retour du refuge : revenir dans le corps que l’on a réellement, et dans la vie qui est réellement là.

L’enveloppe et la lettre

Le corps est l’enveloppe ; la personnalité est la lettre. Ce qui compte, c’est un corps qui permet d’agir et de vivre, plutôt qu’un corps qui devient toute la vie. Le rétablissement, pour un homme, c’est finalement ceci : quoi que je ressente, cela ne décide plus de ce que je mange.


L’essai complet : Corps numéro 2. Quand la quête se fixe sur le muscle, elle devient bigorexie. La dynamique père-fils derrière le trouble : l’énergie de Kronos. Les chiffres sourcés : troubles alimentaires masculins, les statistiques.

Men Who Heal est le cabinet du Dr Jacquet dédié aux troubles alimentaires des hommes : menwhoheal.com. Pour un accompagnement, voir troubles alimentaires masculins ou organiser une consultation confidentielle.

Philippe Jacquet est psychothérapeute et analyste jungien basé à Londres avec plus de 25 ans d'expérience clinique. En savoir plus sur ce service →